Un créateur d’art populaire ne choisit pas vraiment son sujet — il façonne ce qui l’habite, avec la matière qu’il a sous la main. Bois, laine ou fils. La matière change, mais certains sujets reviennent sans cesse, comme des refrains familiers de la vie et de l’imaginaire québécois.
Vaches roses, chevaux bleus, cochons jaunes — la fantaisie prime largement sur le réalisme. Le coq, sans doute l’objet le plus « gossé » au Québec, orne autant les clochers que les salons.
Statuettes religieuses, chemins de croix, crucifix, et bien sûr les crèches de Noël, réinventées chaque année avec des matériaux tantôt nobles, tantôt improvisés.
Personnages sortis de nulle part, quêteux, légendes populaires, girouettes et vire-vents aux formes improbables — un espace où chaque créateur laisse parler sa vision du monde.
Par nécessité hier, par conviction aujourd’hui : bouchons, boîtes de conserve, retailles de bois deviennent œuvres à part entière.
Née de la nécessité — on récupérait les retailles de tissus pour habiller les lits d’hiver — la courtepointe est devenue un véritable espace de création. Les motifs traditionnels comme le « log cabin », l’étoile ou l’assiette de Dresde se sont transmis d’une courtepointière à l’autre, souvent lors de corvées ou de veillées d’hiver, avant de quitter le lit pour le mur dès le milieu du 20ᵉ siècle.

Fabriqués à partir de retailles de laine chaînées sur une toile de jute, ces tapis ornaient les planchers avec leurs motifs floraux et géométriques. À partir de 1950, le genre migre vers le mur, et les motifs s’ouvrent à des paysages et des scènes fantaisistes. Curieusement, cet art s’est presque effacé du paysage québécois, alors qu’il demeure vivant et célébré chez nos voisins acadiens, néo-écossais et ontariens.
Tissée aux doigts plutôt qu’au métier, elle naît de la rencontre entre des techniques autochtones et le savoir-faire des artisanes canadiennes-françaises. Portée par les voyageurs et coureurs des bois dès le 18ᵉ siècle. Fixée dans sa forme la plus connue — motifs de flèches et d’éclairs, coloris bleu-blanc-rouge — vers 1850, elle est aujourd’hui reconnue comme élément du patrimoine immatériel du Québec, tissée encore par des artisan(e)s qui perpétuent ce geste patient, brin par brin.