Promoteur passionné, auteur et collectionneur de sculptures en art populaire du Québec
Adrien a dédié sa vie à explorer et promouvoir l'art populaire, mettant en lumière les artistes autodidactes qu'il appelait "les artisans du bonheur".
Auteur de neuf ouvrages, il a généreusement partagé son expertise et ses découvertes dans la communauté.
Adrien était avant tout un homme de passion, animé par une curiosité inlassable et un vrai talent d’organisateur. Une bonne partie de cette générosité de caractère, il la devait à sa carrière de 35 ans comme travailleur social — d’abord au ministère de la Justice du Québec, puis dans le réseau de la santé et des services sociaux. Ce métier lui avait donné une facilité rare à entrer en relation avec les gens, un talent qu’il a mis avec la même chaleur au service de sa grande passion : les gosseux qu’il rencontrait aux quatre coins du Québec.
Depuis plus de 40 ans, en parallèle de sa carrière, ce Gaspésien d’origine, détenteur d’une maîtrise en service social de l’Université de Sherbrooke, collectionnait les sculptures issues de l’art populaire québécois. Il parcourait la province pour rencontrer ces créateurs qu’il aimait affectueusement appeler les « gosseux », et entretenait avec plusieurs d’entre eux des liens réguliers et durables, bien au-delà d’une première rencontre. Grâce à lui, cette forme d’art longtemps méconnue a été placée à l’avant-scène, sauvant ainsi une partie du patrimoine québécois d’un oubli certain — plusieurs de ces artistes étant très âgés, certains déjà disparus. Retraité depuis 2001, il avait pu s’y consacrer pleinement.
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La publication de son premier livre, Sculpteurs en art populaire au Québec (2008), a marqué un tournant : ce travail de conservation, jusque-là discret, a soudainement gagné en notoriété — pour lui comme pour de nombreux artistes alors peu connus. L’ouvrage lui a valu de belles critiques, dont celle du journaliste Didier Fessou, du Soleil, qui le décrivait ainsi : « c’est beau, c’est surprenant, c’est marginal et, c’est surtout touchant ». La même année, le Musée régional de la Gaspésie présentait plus de 300 pièces de sa collection dans l’exposition Un art qui fait sourire, qui attira près de 5 000 visiteurs.
Les années suivantes ont vu une multiplication des tribunes : une émission consacrée à sa collection sur les ondes d’Historia (La caverne d’Ali Baba, 2009), une collaboration en tant que spécialiste pour la série On est tous des artistes (ARTV/TFO, 2010), ainsi que des expositions au Musée régional de la Côte-Nord, au Musée de la Culture populaire de Trois-Rivières, au Moulin La Lorraine à Lac-Etchemin, à L’Odyssée des Bâtisseurs à Alma, et à la Maison de la culture de Saint-Eustache, sans oublier les innombrables conférences qu'il a données à travers la province.
En 2013, son engagement lui a valu une mention d’honneur de l’Assemblée nationale du Québec, qui a salué sa contribution à la diffusion et à la conservation du patrimoine québécois. La même année, il cofonde le Festival d’art populaire de Saint-Ulric-de-Matane.
En 2014, il fonde le festival Les gosseux s’exposent au Domaine Maizerets à Québec — une tradition qu’il fera évoluer au fil des ans jusqu’au Musée de Charlevoix, puis, ultime consécration, jusqu’au Musée de la civilisation en 2018, où il réunira 25 artistes populaires venus de tout le Québec.
Il siègera également au conseil d’administration du Conseil québécois du patrimoine vivant, participera au comité d’acquisition du Musée québécois de culture populaire, et contribuera à un mémoire visant à obtenir la reconnaissance de la sculpture populaire en tant que patrimoine vivant auprès du ministère de la Culture et des Communications.
En 2025, Adrien entame un retrait progressif de la Maison des créateurs de Plaisance, qui le nomme « président d’honneur à vie » en reconnaissance de son rôle fondateur.
Il demeure actif pour assurer la consolidation du centre et collabore à l’organisation du Rendez-vous des artistes de mai 2025, tout en se consacrant davantage à l’écriture.
À travers son site artpopulaire.com, il aura reçu 588 150 visiteurs entre avril 2012 et avril 2025 : chercheurs, étudiants, collectionneurs et simples curieux venus puiser dans son expertise.
L’écriture ne l’a jamais quitté. Jusqu’à ses derniers jours en mai 2026, il travaillait encore sur un 10e ouvrage, poursuivant les réflexions psycho-sociales et historiques amorcées avec Le Quêteux au Québec, une suite à son regard, toujours curieux, sur les grands marqueurs de l’histoire du Québec.
L’expérience et la réputation d’Adrien Levasseur en art populaire québécois se sont patiemment construites grâce à d’innombrables rencontres avec les artisans et au précieux recueil de leurs histoires de vie. Il a consacré son temps, ses ressources et sa passion à faire reconnaître cette forme d’art, ainsi que les artistes, souvent modestes, qui la font vivre.
L’œuvre d’Adrien Levasseur se poursuit aujourd’hui grâce aux Créations Gali baba, qui ont pour mission de préserver, faire connaître et renouveler l’intérêt pour l’art populaire québécois, pour que "les artistes du bonheur" qu’il a tant admirés continuent, eux aussi, d’être connus et reconnus.